
À quatorze ans, Christophe Martin prépare le championnat de France de judo pendant que sa famille s'effondre : une mère partie, un père gagné par la démence, qui meurt peu avant la majorité de son fils. Trois décennies plus tard, l'ancien éducateur sportif, devenu coach en préparation mentale, pasteur itinérant et père de trois adolescentes, signe au Cerf un premier livre de 261 pages (20,90 €), paru fin août, préfacé par Françoise Caron, présidente de la Fédération nationale des associations familiales protestantes.
Le constat est sombre : « Jamais une génération n'a eu à faire face à autant de crises et de bouleversements en si peu de temps » (p. 19). Réseaux sociaux, Covid, éco-anxiété, guerre, IA : les générations Z et Alpha vivent une « crise au cœur des crises ». L'auteur répond par huit pistes, réparties en deux parties : soigner sa posture parentale, puis affronter les grands sujets de société. Chacune croise trois regards, sociologique, coaching et spirituel (p. 22-23).
La première partie notable par sa force de construction. Elle invite à écouter plutôt qu'à convaincre l’adolescent, utilisant l'écoute active proné par Carl Rogers, le fondateur de la psychologie positive, et à oser la vulnérabilité, qui « n'est pas une faiblesse, mais bien une force » (p. 70). Elle apprend aussi à se laisser aimer et à redonner du sens. La seconde traite du « brain rot », du scrolling et de la pornographie, du syndrome de la FOMO (Fear Of Missing Out, ou peur de rater quelque chose), de l'IA et de l'identité, avec des formules qui frappent tel que : quand le service est gratuit, « le véritable produit, c'est vous... et votre adolescent » (p. 59).
La force du livre tient à sa sincérité. L'auteur ne parle jamais en surplomb. Il raconte sa propre addiction à la pornographie (p. 133-134) et la semaine où l'une de ses filles a passé 48 heures sur son téléphone (p. 135). Des témoignages, de Julie et son « bac Covid » (p. 105) au docteur Denis Mukwege (p. 173), donnent chair au propos. L'auteur connaît ses limites et oriente vers des soignants les personnes en dépression (p. 47). Les exercices, comme la balance décisionnelle (p. 167-169), sont concrets et immédiatement utilisables.
Le livre appelle toutefois quelques réserves. La dimension spirituelle, présentée comme « le cœur battant » de l'accompagnement (p. 234), prend un tour très confessant, prières comprises, qui pourra dérouter le lecteur non croyant ou qui ne partage pas ce type de proposition dites spirituelles. Certains outils issus de la PNL (Programmation Neuro-Linguistique), comme la « fourchette 2-7 » (p. 35), reposent sur des bases scientifiques discutées. Quelques chiffres sont avancés sans nuance, tel ce 88 % d'étudiants britanniques qui rédigeraient leurs copies avec ChatGPT (p. 182-183). Enfin, la charge finale contre le « wokisme » et les « idéologies déconstructivistes » (p. 232) détonne avec la bienveillance prônée ailleurs.
Reste un livre généreux et pratique. Il rappelle aux parents qu'ils sont « les véritables écrans protecteurs » de leurs enfants (p. 236), et qu'une phrase suffit souvent : « Je suis avec toi. ». Un livre à fréquenter que l’on soit parent ou grand-parent, pour se situer, ou plutôt s’ajuster avec les adolescents.