centenaire de l’accord Poincaré-Cerretti

Editions du Cerf
Rédigé par :
Emmanuel Morucci
14 mai 2026
Review :
Gilles Berrut
Histoire universelle
Histoire du christianisme
Ecclésiologie
Temps de lecture :
1
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Le centenaire de l’accord Poincaré-Cerretti de 1924 Actes des colloques de Rome 21 mai 2024 et de Paris 16 janvier 2025,

Les Éditions du Cerf, 2026

Recension d’Emmanuel Morucci - Itinéraires de Vérité

Les Éditions du Cerf publient un ouvrage de grand intérêt consacré à l’accord signé en janvier 1924 entre le président de la République Raymond Poincaré et le cardinal Bonaventura Cerretti, nonce apostolique en France de 1921 à 1925. Ce texte, aujourd’hui largement méconnu, permit de sortir du climat de tensions et du « vide juridique latent depuis 1905 », en instaurant notamment les associations diocésaines et en stabilisant les relations entre la République française et le Saint-Siège.

Si cet accord reste peu présent dans la mémoire collective, il constitue un « compromis historique » fondamental pour les autorités ecclésiastiques, les juristes et les spécialistes des relations entre l’État et les cultes. Les actes des colloques commémoratifs de Rome (2024) et de Paris (2025) permettent d’en revisiter la portée et l’actualité, en soulignant la permanence d’un dialogue entre institutions religieuses et République laïque.

Le volume (230 pages) rassemble interventions officielles, contributions académiques et débats. Structuré en deux parties, il propose d’abord une relecture historique de la création des associations diocésaines, puis une réflexion sur la « continuité et l’actualité de cet accord centenaire ». L’ensemble constitue ainsi à la fois une mémoire et un instrument de réflexion pour le présent.

Lors du colloque de Rome, Bernard Ardura, Président émérite du Comité pontifical des sciences historiques montre que la solution de 1924 « doit être considérée […] sous l’angle du statut juridique de l’Église catholique en France », comme l’aboutissement d’un long processus engagé après la crise de 1905. Emmanuel Tawil (Paris-Panthéon-Assas) souligne de son côté la reconnaissance juridique et internationale des associations diocésaines, confirmée par l’encyclique Maximam gravissimamque, où « le caractère diocésain l’emporte ».

Le regard contemporain porté par les responsables ecclésiaux met en lumière l’appropriation progressive de ce cadre. Président de la Conférence des évêques de France Mgr Éric de Moulins-Beaufort observe qu’« il apparaît, cent ans après, que l’Église de France s’est adaptée à la situation et s’y trouve à l’aise », la laïcité devenant un espace de liberté. Le nonce apostolique Celestino Migliore évoque pour sa part une laïcité « à géométrie variable », dépendant des pratiques concrètes des acteurs locaux. Du côté de l’État, plusieurs interventions soulignent une évolution notable : la fin de « l’anticléricalisme politique de combat » et une compréhension renouvelée du fait religieux.

Le colloque de Paris met davantage en avant la dimension politique et diplomatique. Jean-Noël Barrot Ministre de l’Europe et des Affaires étrangères qualifie l’accord de « leçon d’histoire […] pour aujourd’hui », rappelant « l’art du compromis » de figures comme Aristide Briand et Poincaré, face à un interlocuteur déterminant, Cerretti, soutenu par les papes Benoît XV et Pie XI. Le cardinal Pietro Parolin, Secrétaire d’État du Saint Siège, insiste quant à lui sur la nécessité de relations « apaisées et constructives », soulignant combien, « dans le respect de la laïcité, [elles] ont été essentielles et complémentaires », comme l’a illustré récemment la restauration de Notre-Dame.

En définitive, l’ouvrage, suivi des documents de référence, se distingue par la richesse de ses approches — historique, juridique, sociologique et ecclésiologique. Il éclaire la compréhension du statut et du fonctionnement de l’Église en France, et montre combien l’équilibre issu de 1924 demeure opérante. Comme le rappelle encore une formule citée en conclusion, les stipulations de cet accord « demeurent valables », confirmant sa portée durable dans l’organisation des relations entre l’Église et l’État.

Bien que cet ouvrage semble ardu par son titre, la lecture est plaisante et instructive pour peu que l’on s’intéresse au fonctionnement de l’Église et des églises diocésaines. A lire absolument et à conserver dans sa bibliothèque.

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