
Ckoi La théologie
L de Brouwer, A Pérez, P Valinho Gomes.
Les Editions du Cerf, 2026, 192 p
Et si la théologie tenait dans une poche ? Le pari a de quoi faire sourire : Thomas d'Aquin avait voulu initier les débutants avec une Somme. Ici,trois jeunes théologiens laïcs, pères de famille venus de Belgique, de Colombie et du Portugal (p. 12), relèvent le défi inverse avec C koi la théologie ? . Louis de Brouwer prépare une thèse à l'UCLouvain, Alejandro Pérez, docteur de la même université, est éditeur de la revue TheoLogica, et Pedro Valinho Gomes est doyen de la faculté de théologie de l'Université catholique de Lille. Leur cible : une discipline « (mal !) rangée » au rayon ésotérisme des librairies (p. 11).
Le livre avance en trois questions.
Qui parle ? Pour la foi chrétienne, Dieu parle, mais « en chuchotant », sans cordes vocales (p. 23), et toujours à travers des témoins : « Dieu est toujours au risque du témoignage » (p. 61). D'où cette formule forte : la Bible n'est pas la Parole, mais « un témoin de la Parole » (p. 70), ce qui impose d'interpréter.
De qui parle-t-on ? Ni d'un simple sentiment intérieur, malgré Schleiermacher ou Tillich (p. 86), ni d'une « bosse de Dieu » logée dans le cerveau (p. 108), ni du seul « grand horloger » des philosophes, mais du Dieu révélé dans « l'histoire d'un homme qui passe », Jésus (p. 124).
Pourquoi parle-t-on ? Parce que la foi se heurte au mal, aux tsunamis et aux massacres (p. 143), et à la mort, que l'eschatologie pense comme rupture de relations autant que fin biologique (p. 168-169).
La définition tombe en chemin : la théologie est une « discussion rationnelle de la foi » (p. 40). La conclusion, avec Marie-Dominique Chenu, élargit le propos : l'humain « fait de la théologie comme il respire » (p. 183), et l'on parle aujourd'hui moins de la théologie que « des théologies » (p. 185).
L'ouvrage tient sa promesse de clarté. Les encadrés « À retenir », les versets commentés et les scènes vivantes (un match France-Argentine qui vire à la dispute sur Dieu, p. 105) rendent la lecture agréable. Chaque notion technique, du tétragramme YHWH à l'eschatologie, est expliquée sans jargon. L'honnêteté intellectuelle frappe aussi : les auteurs assument leurs désaccords (p. 12) et reconnaissent tout ce qu'ils laissent de côté, des sacrements aux conciles en passant par le péché et la grâce (p. 188).
Les réserves sont réelles. Certains passages, sur l'herméneutique du témoignage notamment, restent abstraits pour un public vraiment novice. Le cadre est franchement chrétien : le théologien travaille « avec le présupposé de la foi » (p. 124), et les autres traditions sont écartées d'emblée (p. 37). Quelques clins d'œil, comme ce « non mais allô ! » (p. 183), tombent à plat.
Reste une invitation stimulante, à glisser entre les mains des curieux, des étudiants ou des croyants désireux de penser leur foi, plus que des spécialistes. Un livre qui atteint son but s'il donne envie, comme l'espèrent les auteurs, d'ouvrir d'autres ouvrages.