Contre Helvidius

Jérôme
Editions du Cerf, collection Sources Chrétiennes
Rédigé par :
Gilles Berrut
28 janvier 2026
Relecture :
Patristique
Écritures
Histoire du christianisme
Doctrine - Magistère
Temps de lecture :
1
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Jérôme

Contre Helvidius

Sur la virginité perpétuelle de la bienheureuse Marie

Régis Courtray : Introduction, texte, traduction

Sources chrétiennes n° 653

Éditions du Cerf 2025, 566 p.

Arrivé à Rome en 382, Jérôme devient rapidement une personnalité remarquée par les milieux ecclésiastiques et ascétiques. Invité par l’évêque Paulin, il devient un proche collaborateur du pape Damase, qui apprécie ses compétences en exégèse et en langues anciennes. Le pape, qui est favorable à la supériorité de la virginité sur l’état de mariage, lui confie des missions variées : révision des traductions latines des Évangiles, commentaires scripturaires, et des tâches diplomatiques.

Mais son séjour à Rome sera marqué par la rencontre des cercles ascétiques romains. À cette époque, l’aristocratie romaine, et en particulier des femmes comme Marcella et Paula, choisissent une vie de renoncement, de prière, d’étude des Écritures et de chasteté, dans le cadre de leurs riches demeures transformées en domesticae ecclesiae. Jérôme, son expérience oriental de traducteur latin des Écritures, devient leur maître à penser. Il les initie à l’hébreu, à la théologie et les soutient dans leur engagement dans la virginité, perçue comme la voie la plus haute de la perfection chrétienne.

Ce mouvement ascétique, encore récent et marginal, suscite autant d’enthousiasme que de méfiance. Pour ces femmes aristocrates, la continence ou la virginité est un acte audacieux, presque subversif, dans une société où le mariage et la maternité définissent le rôle féminin. Jérôme, sans être l’initiateur de cette tendance, en devient le porte-parole et le défenseur. Ses échanges avec Marcella et Paula, ses leçons quotidiennes, et ses lettres exégétiques témoignent d’une relation intellectuelle et spirituelle intense. La Lettre 22, écrite en 384 pour Eustochium, fille de Paula, illustre son engagement en faveur de la virginité, qu’il présente comme un idéal supérieur au mariage.

Cependant, cet engouement pour l’ascétisme ne fait pas l’unanimité. Certains chrétiens, comme Helvidius, y voient une menace pour l’équilibre social et doctrinal. Helvidius, dans un traité polémique, aujourd’hui disparu, s’attaque à l’idée de la virginité perpétuelle de Marie, affirmant qu’elle a vécu comme une épouse après la naissance de Jésus. Son argumentation, fondée sur une lecture littérale des Évangiles, vise à rétablir l’égalité entre mariage et virginité, et à contrer ce qu’il perçoit comme des dérives manichéennes ou encratites. Pour lui, exalter la virginité au point de dévaloriser le mariage, c’est risquer de fragiliser les fondements mêmes de la société chrétienne. Son argumentation se fonde sur 4 points : Mt 1,18 le mot fiancée (desponsata), employé par Matthieu, implique nécessairement l'idée d'une union à venir entre Joseph et Marie ; Mt 1,25 Joseph ne la connaissait (non cognoscebat eam) pas jusqu’à ce qu’elle est enfanté un fils ; Lc 2,7 Marie enfanta son fils « premier né » et les 8 citations dans le Nouveau Testament de « frères de Jésus ».

C’est dans ce contexte tendu que Jérôme rédige le Contre Helvidius, à la demande de ses amis ascètes, dont Paula et Marcella. L’enjeu dépasse la simple question mariologique : il s’agit de défendre une vision du christianisme où la virginité, loin d’être réservée à une élite, incarne un appel universel à la sainteté. Jérôme se retrouve ainsi au cœur d’un débat qui oppose tradition et innovation, rigueur ascétique et équilibre social. Son traité, tout en répondant point par point aux arguments d’Helvidius, est aussi une apologie de la vie consacrée, un plaidoyer pour une foi exigeante, mais ancrée dans l’Écriture et la tradition.

L’introduction (282 p) aborde d’autres sujets tels que les suppositions sur le personnage d’Helvidius, et surtout la postérité de la discussion de la virginité de Marie après Jésus (dite post-partum) dans l’histoire de l’Église et des différentes confessions chrétiennes.

Au total Le texte de Jérôme, Contre Helvidius, reflète bien plus qu’une controverse théologique : il révèle les tensions d’une Église en pleine mutation, où se jouent l’avenir de la vie chrétienne et le rôle des femmes dans la société. Jérôme, avec son style incisif et son érudition, y apparaît comme un véritable pamphlétaire et un rhéteur de talent, à la fois gardien de l’orthodoxie et promoteur d’un idéal spirituel radical.

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