De gauche à droite

Lucas Rayski
Editions du Cerf
Rédigé par :
Gilles Berrut
28 février 2026
Relecture :
Essai
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De gauche à droite

Lucas Rayski

Éditions du cerf, 2026

« De quoi vais-je hériter ? De valeurs de gauche ou de droite ? » (p 3). L’auteur, Lucas Rayski, s’interroge sur l’héritage idéologique qu’il a reçu de son père, Benoît Rayski, journaliste et figure de la gauche « à l’ancienne », insolente et libre (p 164).  Au-delà de la question personnelle et filiale, c’est tout une génération qui constate la fracture idéologique de la gauche française, perçue par certains comme dogmatique, mais dont les valeurs d’universalisme républicain offre encore un horizon positif par rapport au progressisme identitaire montant, et un libéralisme capitaliste qui ne répond pas aux attentes de confort de vie et de relation entre les nations.

Lucas Rayski, journaliste à LCI et Marianne a une formule lapidaire pour résumer sa pensée : « Beaucoup de ceux qu’on dit "passés à droite" n’ont pas changé d’idées : c’est la gauche qui est devenue une machine à excommunier » .

A l’occasion de cet ouvrage, l’auteur revisite son parcours politique, nourri par les débats familiaux et les souvenirs d’une gauche incarnée par des figures comme Blum ou Mendès France, une gauche qui « se préoccupait du peuple, des petites gens, des ouvriers » (p. 8). Il confronte cette mémoire à la réalité d’une gauche contemporaine, symbolisée par le Nouveau Front Populaire, qu’il juge instrumentalisé, « vidé de sa substance » (p. 10), et où l’alliance entre le Parti socialiste et La France insoumise lui apparaît comme un « bricolage politique bâti sur des renoncements » (p. 11). Son désarroi est d’autant plus vif qu’il se sent en décalage avec sa génération, dont les combats, centrés sur les luttes identitaires et le « wokisme », lui semblent éloignés des enjeux sociaux traditionnels. Pour lui, cette gauche nouvelle, obsédée par la « pureté idéologique » et les « micro-préjudices » (p. 67), a renoncé à l’universalisme au profit d’un morcellement des causes, où « défendre les travailleurs, c’était être progressiste. Aujourd’hui, c’est être un boomer » (p. 58).

La solitude politique est ausssi le deuil d’un espace de débat et les amis débatteurs se sont murés dans un discours intolérant, sans nuance. « Je n’ai plus personne de mon âge avec qui discuter sérieusement de politique », écrit-il (p. 22). Constatant là comme ailleurs le ravage des faux débats numériques et de l’information égrenée par scroll, aboutissant à une sécheresse du soi, « cynique et désensibilisée » (p. 61). Quand le débat idéologique a pris la place de la justice sociale, quelle place pour l’humain ?

L’auteur analyse avec finesse les mécanismes de l’exclusion et de la trahison à gauche, où « chercher l’ennemi à l’intérieur du camp plutôt qu’à l’extérieur » est une « constante » (p. 73), avec un ton à la fois personnel et engagé. Il permet d’approcher dans un style associant témoignage et essai, les tensions entre héritage et modernité. L’interrogation issue de ce parcours est glaçante :  Comment éviter que la gauche ne devienne « une meute » (p. 91) intolérante à toute dissidence ?

« De gauche à droite » est un livre qui parle à tous ceux qui se sentent orphelins d’une gauche humaniste et ouverte au débat. Il se conclut par la volonté de discerner avec volontarisme « le potentiel que recèle l’avenir » (p. 166).

Sur le site Atlantico

https://atlantico.fr/article/decryptage/lucas-rayski-beaucoup-de-ceux-passes-a-droite-nont-pas-change-idees-cest-gauche-qui-est-devenue-machine-a-excommunier-lfi-ps-pcf-npa-militants-generations-heritage-droite-democratie-France-de-gauche-a-droite

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