Etienne

Nathalie Siffer
Editions du Cerf
Rédigé par :
Gilles Berrut
22 janvier 2026
Relecture :
Écritures
Temps de lecture :
1
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Étienne : le premier témoin, une figure qui marque l’Histoire

Edition du Cerf

2026,147 p.

Le livre consacré à Étienne plonge le lecteur au cœur de l’histoire de ce personnage clé du christianisme primitif, dont le destin tragique est raconté dans les Actes des Apôtres.

L’auteure, Nathalie Siffer, est professeure à Université catholique de Strasbourg, spécialiste du Nouveau Testament. Ses travaux portent sur l’exégèse du Nouveau Testament et en particulier les textes lucaniens. Rédactrice en chef adjointe de la Revue des sciences religieuses, elle a publié, aux éditions du Cerf "Q ou la source des paroles de Jésus" (2010).

À travers une analyse thématique approfondie, l’auteur retrace son itinéraire, depuis son engagement parmi les Sept — ces hommes choisis pour servir les croyants d’origine non juive — jusqu’à sa mort violente, en passant par son plaidoyer audacieux devant le Sanhédrin. En s’appuyant sur le récit attribué à Luc, l’ouvrage dépeint Étienne comme un homme animé par une foi inébranlable et une ferveur spirituelle exceptionnelle, décrit comme « rempli de foi et de l’Esprit Saint » (Ac 6, 5). Il apparaît ainsi comme l’archétype du disciple fidèle, prêt à suivre le Christ jusqu’au sacrifice ultime.

L’auteure, Nathalie Siffer, est professeure à Université catholique de Strasbourg, spécialiste du Nouveau Testament. Ses travaux portent sur l’exégèse du Nouveau Testament et en particulier les textes lucaniens. Rédactrice en chef adjointe de la Revue des sciences religieuses, elle a publié, aux éditions du Cerf "Q ou la source des paroles de Jésus" (2010).

Son discours (Ac 7, 2-53) se distingue par une relecture hardie de l’histoire d’Israël, où il met en avant la grandeur de Dieu tout en dénonçant l’endurcissement du peuple élu. Cette prise de position radicale lui attire l’inimitié des dirigeants juifs et précipite sa fin tragique. Mais c’est précisément dans cette opposition que réside l’un des aspects les plus frappants du livre : les similitudes frappantes entre Étienne et Jésus. Sa mort sous les pierres, sa prière pour ses persécuteurs (« Seigneur, ne leur compte pas ce péché », Ac 7, 60), et sa vision céleste (Ac 7, 55-56) en font une réplique vivante du Christ, illustrant la continuité profonde entre le Maître et ses disciples. Son martyre, loin d’être un simple épisode isolé, marque un tournant décisif. Comme le relève un exégète, « avec la mort d’Étienne, le rejet du Messie par Israël atteint son paroxysme » (Ac 7, 51-53). Paradoxalement, cet événement douloureux ouvre la porte à une nouvelle ère : l’Évangile, jusqu’alors confiné aux cercles juifs, commence à se répandre parmi les païens, d’abord en Samarie, puis bien au-delà, jusqu’aux limites de l’Empire romain.

Une personnalité riche et complexe

Étienne n’est pas une figure unidimensionnelle. Le livre en fait un personnage aux multiples visages : à la fois prophète inspiré, martyr courageux, et — selon une tradition ultérieure — premier diacre, bien que ce terme n’apparaisse jamais dans les Actes. Au fil des siècles, son image s’enrichit, devenant un symbole de dévouement et de fermeté dans la foi. La découverte de ses reliques en 415 renforce encore son aura, faisant de lui l’un des saints les plus vénérés du christianisme. Des Pères de l’Église comme Irénée de Lyon le présentent comme « le premier à marcher sur les pas du martyre du Seigneur » (Contre les hérésies III, 12, 10), et son héritage spirituel se perpétue à travers une abondante littérature hagiographique, mêlant récits historiques et légendes édifiantes.

Un équilibre délicat entre histoire et légende

Si l’ouvrage réussit brillamment à restituer la profondeur du personnage à partir des textes bibliques, il bute parfois sur la frontière ténue entre faits avérés et traditions postérieures. Par exemple, l’idée qu’Étienne ait été le « premier diacre » repose sur une interprétation tardive, notamment défendue par Irénée de Lyon, alors que les Actes ne mentionnent jamais explicitement cette fonction. De même, la relation entre Étienne et Paul, bien que captivante, reste entourée de mystère. Luc situe Paul parmi les témoins de la lapidation (Ac 7, 58 ; 8, 1), mais ce dernier, dans ses propres écrits, n’en souffle mot. Certains chercheurs y voient une construction narrative destinée à mettre en relief la métamorphose de Paul, passé du statut de persécuteur à celui d’apôtre.

Une actualité qui traverse les âges

Ce qui rend ce livre particulièrement convaincant, c’est sa capacité à montrer comment la figure d’Étienne continue de parler aux croyants d’aujourd’hui. Son engagement sans compromis, son courage face à l’adversité, et son sacrifice ultime en font un modèle intemporel de foi vécue. Comme le note un théologien, les Actes des Apôtres ne se réduisent pas à un simple récit historique : ils composent une fresque où se jouent les tensions fondatrices du christianisme, entre fidélité aux racines juives et ouverture universelle. Étienne, par son destin, incarne cette dualité. Il reste une source d’inspiration pour quiconque cherche à comprendre les origines de la foi chrétienne et les exigences d’un témoignage authentique.

En définitive, cet ouvrage offre une plongée éclairante dans la vie et l’héritage d’Étienne, tout en invitant à une lecture critique des traditions qui l’entourent. Il rappelle que les débuts du christianisme furent marqués par des choix audacieux, des ruptures douloureuses, et une foi capable de transcender les frontières.

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