Illuminés d’une gloire cachée

Erik Varden
Editions Artège
Rédigé par :
Olivier Jonquet
1 nov 2026
Review :
Spiritualité
Temps de lecture :
1
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Illuminés d’une gloire cachée

Mgr Erik Varden

Editions Artège, 2026,183 p.

« Illuminés d’une gloire cachée », est un ensemble de méditations spirituelles sur le psaume 90 (91), prêchées à la Curie au cours du carême 2025 par Monseigneur Erik Varden. Mgr Varden est né en Norvège en 1974 au sein d’une famille luthérienne peu pratiquante. Il se convertit en 1993 au catholicisme. Après des études à Cambridge et à Rome, il entre à la Trappe de Mount Saint Bernard en Angleterre en 2003. Il en est élu abbé en 2015 et nommé évêque de Trondheim en 2019. Il a publié en 2025 chez Artège « Chasteté : une réconciliation des sens », réflexion originale et stimulante et tout récemment, avec Nicolas Diat, « Introduction à la vie cachée » chez Fayard.

Le psaume 90 « Qui habitat », « Qui habite sous l’abri du Très-Haut et loge à l’ombre du Puissant » est le psaume que les moines récitent lors de l’office de complies avant le grand silence de la nuit.

Il a fait l’objet de 17 sermons de saint Bernard au cours du carême 1139. Mgr Varden dans son commentaire des sermons de Bernard se réfère à sa riche personnalité contrastée, à la fois idéaliste (chap 2) et réaliste (chap 9), qui lui a valu des déconvenues qui l’ont mûri, ainsi qu’au contexte politique et ecclésial dans lequel il a évolué. Il souligne aussi les invariants de la vie spirituelle du chrétien, du moine cistercien du XIIe siècle qui sont ceux du moine et du chrétien de notre siècle.

En premier lieu, la permanence de l’aide de Dieu (chap 3) pour celui qui met sa confiance en Lui. Cette aide de Dieu « qui est un attribut de son Être qui nous maintient dans l’existence » illustré par la belle figure de Job. C’est l’occasion pour Varden de citer Marion Muller-Collard qui raconte son expérience de jeune pasteure méditant sur le livre de Job (« L’Autre, Dieu, la Plainte, la Menace et la Grâce » chez Albin Michel).  Elle visite une vielle dame « qui (l)’a haïe au premier coup d’œil », revendicatrice, opposante mais qui, après la lecture du passage de la plainte de Job 3,3-4 et 9-10, s’est détendue de manière totalement inattendue. Le chapitre 5 « la splendeur de la vérité » est à mon sens le centre du livre où « la fidélité du Seigneur est une armure, un bouclier ». Les armes du chrétien : « veillez et priez pour ne pas entrer en tentation » (Mt 26,41) face à la « terreur de la nuit », ce temps de tribulation et d’angoisse où fleurissent les tentations, « le trafic (negotium) qui se déploie dans les ténèbres ». Tentation de la « vaine gloire », symbolisée par la flèche qui vole au grand jour », de l’ambition, « mère de l’hypocrisie, (…), elle aveugle les cœurs ». Enfin l’acédie, « cette étrange passion sans passion qui s’insinue en nous comme une dépression latente, nous faisant perdre le goût des choses de Dieu ». Pernicieuse, l’acédie « ne se nourrit pas de nos vices mais de nos plus hautes aspirations ». Mgr Varden met en garde contre ces faux prophètes, relayés par des politiques qui, de nos jours, sous l’invocation du Christ, n’ont pour seul but que d’égarer l’humanité (1Jn2,18-29, Mt24,24) à leur profit.

Il développe dans son avant-dernier chapitre « la considération », titre du testament spirituel de Bernard à un ancien moine de Clairvaux, devenu le pape Eugène III. Testament spirituel mais aussi « recherche de la vérité dans les affaires humaines contingentes où celle-ci peut paraître difficile à percevoir ». C’est un véritable traité de management par le haut à destination de ce moine devenu pape dans une période agitée de l’Eglise. Le psaume 90, avec d’autres comme les psaumes 22,26,32,40…, est un formidable chant d’espérance. Au travers des difficultés de la vie, du monde, au plus profond de la déréliction, le Seigneur est là. Il ne va pas supprimer, expliquer, encore moins justifier l’épreuve mais il va la « remplir de sa présence » (Claudel). De même, la vie dite ordinaire, humble, cachée, sous le regard du Seigneur est aussi l’occasion de fécondité car, à terme, notre « glorification se produira en présence du visage de Dieu ».

Cet ouvrage est une méditation spirituelle, concrète, remplie de foi, d’espérance en Dieu et en l’humanité, truffée de références bibliques et littéraires. L’actualité du monde rend cette lecture vraiment stimulante

Robert Desnos qui n’était pas un père de l’Eglise

Or, du fond de la nuit, nous témoignons encore

De la splendeur du jour et de tous ses présents.

Si nous ne dormons pas c’est pour guetter l’aurore

Qui prouvera enfin que nous vivons au présent

Ou encore Guillaume Apollinaire

Jamais les crépuscules ne vaincront les aurores

Etonnons-nous des soirs mais vivons les matins

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