
Les éditions du Cerf ont eu la bonne idée, après l’élection du papeLéon, religieux augustinien, de rééditer en Livre de Poche l’ouvrage écrit il ya 30 ans par Marcel NEUSCH : Initiation à Saint Augustin, maîtrespirituel.
L’ouvrage parfois difficile est tout de même captivant. On faitconnaissance avec la vie d’un évêque africain de l’antiquité tardive, avant queson Église ne soit anéantie par les invasions barbares bientôt suivies par ladomination islamique. Son œuvre écrite qui avait déjà fait son chemin a pu êtresauvegardée.
Un évêque de la fin de l’Empire romain était un personnage important dansla vie de la cité. Comme pour les évêques d’aujourd’hui et plus encore, onavait recours à eux dans les débats religieux, mais aussi dans les arbitrages concernantla vie quotidienne des chrétiens. Augustin trouvait ce rôle pénible, mais ill’observait avec beaucoup de conscience et d’humanité. Il apportait le mêmesoin aux débats doctrinaux qui alimentaient sa correspondance et étaientl’occasion de livres qui lui demandaient plusieurs années d’écriture. C’est lecas de ses trois œuvres majeures : LesConfessions, la Trinité et la Cité de Dieu.
Ces ouvrages ont traversé les siècles. Certaines outrances lui ont valuune réputation de pessimisme sur lanature humaine. Ce fut le cas du Jansénisme ou du Calvinisme.
L’arrivée d’un pape Augustinien n’a rien à voir avec ces courantspessimistes qui ont longtemps marqué le christianisme occidental. Il suffit delire les premiers chapitres de la lettre Magnifique Humanité pour y retrouverla dynamique de la pensée d’Augustin : si elle s’ouvre aux perspectivesque lui offre la vision biblique de l’homme, cette magnifique humanité n’a pasdit son dernier mot : elle vit de siècle en siècle les aléas d’unerecherche comparable à celle de l’auteur des Confessions, qui apprend à lireles traces de Dieu dans sa vie et nous apprend à le faire. « Il s’agit debâtir la cité où Dieu et l’homme habitent ensemble… À chaque époque, pèse lerisque de construire un monde inhumain et plus injuste. Là où l’humanité risquede perdre son visage, nous chrétiens, nous levons les yeux vers le Dieu quis’est fait chair… » (Introduction de la Lettre)
Avec la modestie d’un ouvrage d’initiation, Marcel NEUSCH rappelle sonlecteur à sa propre mémoire, aux expériences qu’il a pu faire, aux témoignagesqu’il a reçus et qui lui font comprendre qu’il est lui-même un chercheur deDieu, capable de dire à son tour, comme l’auteur des Confessions : « Tu nous as faits pour toi Seigneur et notrecœur est sans repos jusqu’à ce qu’il trouve en toi son repos »
Pierre RAFFIN