La force de l'Evangile

Pape Leon XIV
Editions du Cerf
Rédigé par :
Gilles Berrut
16 juillet 2026
Review :
Céline Guillaume
Spiritualité
Temps de lecture :
1
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La force de l’Évangile

La foi chrétienne en 10 mots

Pape Léon XIV

Le Cerf, 2026,163 p.

Dix mots. C'est le pari modeste et lumineux que propose le pape Léon XIV dans La force de l'Évangile. La foi chrétienne en 10 mots (Le Cerf, 2026, 163 p.), l'un des premiers livres signés par le successeur de François, élu en mai 2025. « Dix mots, c'est peu. Mais ils peuvent suffire à ouvrir une conversation sur la richesse de la vie chrétienne » (p. 7). Tout est dit du ton : non pas un traité, mais un « dialogue imaginaire » avec le lecteur, tutoyé, accompagné, jamais surplombé.

Le premier mot, le pivot de tous les autres, est le Christ. Pour Léon XIV, la foi n'est pas « l'effort titanesque pour atteindre un Dieu surnaturel », mais l'accueil de Jésus dans nos vies, la découverte que « le visage de Dieu n'est pas loin de nos cœurs » (p. 7). Saint Augustin — l'auteur est lui-même « augustin », ancien prieur général de l'ordre — irrigue tout le livre. Le pape reprend cette formule vertigineuse du Père de l'Église : « réjouissez-vous, nous sommes devenus le Christ ! » (p. 8). La foi y est définie comme participation à la vie divine par l'humanité de Jésus.

De là découlent les autres mots : communion, paix, cœur, pauvres, espérance. La communion, d'abord, illustrée par la magnifique image augustinienne du jardin du Seigneur, où voisinent « les roses des martyrs, les lis des vierges, le lierre des gens mariés, les violettes des veuves » (p. 10) — une diversité qui devient unité sans se dissoudre. Le pape insiste : « Seule la communion génère des croyants crédibles » (p. 69). Vient ensuite la vie intérieure : « C'est dans notre cœur que Dieu réside » (p. 31), et sans silence, prévient-il, « nous ne nous connaissons pas nous-mêmes ». Puis les pauvres, placés « au cœur de l'Évangile » (p. 93), avec cette mise en garde contre l'agitation moderne : « la précipitation nous détourne de la compassion » (p. 91).

Le livre ancre résolument l'Évangile dans le présent. Léon XIV évoque les grands défis du temps — les migrations, l'usage éthique de l'intelligence artificielle, la sauvegarde de la Terre (p. 17) — et propose en modèles deux jeunes saints récemment canonisés, Pier Giorgio Frassati et Carlo Acutis, « maîtres dans la relation avec Dieu » (p. 160). L'ouvrage s'achève sur l'espérance, « contre tout désespoir », invitant à reconnaître « la certitude de Pâques dans chaque épreuve de la vie » (p. 133).

Les forces du livre sont réelles : une grande simplicité d'accès, une chaleur pastorale, une belle cohérence autour de la figure du Christ, et cette manière augustinienne de faire de la théologie une affaire d'amitié et d'intériorité. On y entend déjà la voix d'un pontificat.

Les limites tiennent au format. Le propos, fait d'extraits d'homélies et d'allocutions des premiers mois, se répète parfois ; les dix mots ne sont pas toujours nettement délimités, et le lecteur en quête d'une pensée systématique restera sur sa faim. Mais ce n'était pas le but. La force de l'Évangile est une porte d'entrée, tendue à tous — une main posée sur l'épaule du lecteur.

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