La France dans la pensée des papes de Pie VI à Léon XIV

Martin Dumont
Editions du Cerf
Rédigé par :
Gilles Berrut
24 septembre 2026
Review :
Histoire du christianisme
Histoire universelle
Ecclésiologie
Temps de lecture :
1
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Martin Dumont

La France dans la pensée des papes de Pie VI à Léon XIV

Les éditions du Cerf, 2026

Le regard des papes sur la France depuis la fin de la Révolution française, telle est l'ambition de ce livre. Il est vrai que nous en connaissons certains aspects, et le plus souvent avec un point de vue centré sur la France. On se souvient de l'interpellation de saint Jean-Paul II au Bourget en 1980 : « France, fille aînée de l'Église, qu'as-tu fait des promesses de ton baptême ? » Tout à coup, les Français, étonnés et pour certains choqués, redécouvraient cette place historique particulière de la France, que l'on avait soit oubliée, soit admise par un tropisme trop français, sans s'interroger sur sa dimension internationale.

Martin Dumont, historien, spécialiste des relations entre la France et le Saint-Siège, est un bon guide. À l'occasion de la visite de Léon XIV, il actualise par ce livre sa synthèse de 2018 sur ce sujet.

Sept chapitres thématiques explorent les liens personnels des pontifes avec le pays, deux siècles de relations diplomatiques, les sanctuaires et les saints, la France intellectuelle, l'action en Orient, la mission intérieure et la laïcité. On y croise Pie VI fustigeant la Constitution civile du clergé, « un ramas d'hérésies » (p. 51). Léon XIII voit dans le baptême de Clovis celui de la France entière (p. 10-11). Le futur Pie XII exalte à Notre-Dame « la vocation » du pays (p. 80-81), et Paul VI salue la France qui cuit « le pain intellectuel de la chrétienté » (p. 92).

L'idée maîtresse est limpide : pour Rome, la France est dépositaire d'une vocation, attestée par Lourdes, Lisieux et une foule de saints. Or « qui dit vocation […] dit réciprocité, devoirs » (p. 80). D'où un discours à la fois tendre et sévère. Il va du rejet de la Séparation jusqu'à Jean-Paul II, pour qui la laïcité, « s'il est bien compris », appartient à la doctrine sociale de l'Église (p. 157). L'auteur démonte aussi une idée reçue : appliquée à la nation, l'expression « fille aînée de l'Église » ne naît qu'après la Révolution. Elle n'entre dans le discours pontifical qu'avec Léon XIII (p. 10-11).

Le livre a des atouts. Il est court, clair, nourri de citations bien choisies qui restituent la voix des papes. Sa conclusion évoque la crise diplomatique de 2015-2016 (p. 173), la fin de vie ou l'arme nucléaire. Elle réhabilite aussi François contre une lecture « simpliste et paresseuse » qui le dit indifférent à la France (p. 176). On y découvre un pontife critique mais confiant : « il faut être juste avec la France » (p. 177).

Quelques réserves, toutefois. Le plan thématique entraîne des redites : le Bourget ou le couronnement de Napoléon reviennent à plusieurs reprises. L'abondance des citations prend parfois le pas sur l'analyse. L'auteur reconnaît que l'arrière-plan doctrinal des papes « reste foncièrement anti-moderne » (p. 158), mais s'attarde peu sur les voix critiques ou les silences romains. Le regard, fidèle à son objet, reste celui de Rome.

Reste une synthèse précieuse, qui s'achève sur l'espérance. Pour Jean-Paul II, la déchristianisation « n'est pas fatale » (p. 178), et Léon XIV appelle à un « nouvel élan missionnaire » (p. 179).

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