La joie, sante de l'âme

Pierre Coulange
Editions du Cerf
Rédigé par :
Gilles Berrut
9 juin 2026
Review :
Essai
Temps de lecture :
1
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La joie, santé de l'âme,

Pierre Coulange

Éditions du cerf, 2026, 294 p.

« Soyez toujours dans la joie. » La phrase de saint Paul aux Philippiens (Ph 4, 4) ouvre le livre de Pierre Coulange comme un défi lancé à la figure du lecteur moderne. Car enfin, comment obéir à un tel ordre ? Comment être joyeux quand la maladie, l'échec, l'isolement, la guerre et la famine peuplent l'actualité ? C'est tout le mérite de La joie, santé de l'âme, paru aux Éditions du Cerf, que de prendre cette injonction au sérieux sans jamais la transformer en méthode Coué. Prêtre, docteur en théologie de l'université de Fribourg, membre de l'Institut Notre-Dame de Vie, Coulange écrit en homme qui a longtemps écouté, au confessionnal, des âmes usées par la vie.

Le pari du livre est annoncé d'emblée : la joie n'est pas un sentiment qui nous tombe dessus, mais une « santé de l'âme » que l'on peut cultiver. D'où l'image maîtresse, empruntée à Thérèse d'Avila, de l'âme comme un jardin qu'il faut irriguer, désherber, protéger des « herbes folles » (p. 23 et suivantes). Coulange puise abondamment dans la spiritualité du Carmel, dont il aime rappeler qu'elle est à la fois contemplative et terriblement concrète. La Madre organisait des récréations avec castagnettes et chantait « que rien ne te trouble (...) Dieu seul suffit » — non par insouciance, mais par solide confiance.

Le cœur théologique du livre tient dans une intuition du bienheureux père Marie-Eugène, longuement citée : la prière comme « contact » avec Dieu. Même non exaucés selon nos vœux, nous recevons mieux, car « nous nous divinisons à son contact » (p. 38). Dieu y est décrit comme un océan, un feu, une fontaine vive qui tressaille quand la foi le touche, à l'image de l'hémorroïsse de l'Évangile. C'est là que Coulange résout son « grand écart » initial entre compassion et joie, en convoquant l'apophtegme ignatien : agir comme si tout dépendait de nous, en sachant que tout dépend de Dieu.

Le parcours est jalonné de figures lumineuses. Thomas More, apprenant l'incendie de ses granges et de toute sa récolte, écrit à son épouse de remercier Dieu « aussi bien pour l'adversité que pour la prospérité » (p. 33). Hildegarde de Bingen, François d'Assise, Marie et son Magnificat scandent les chapitres. Le livre culmine sur de belles pages consacrées à la « dilatation de l'âme » par l'amour (p. 89 et suivantes) et à l'émerveillement (p. 115), avant de s'achever sur l'éloge des joies simples chères à Paul VI et sur l'écologie intégrale.

Les forces de l'ouvrage sont réelles : une érudition spirituelle accessible, un ton pastoral chaleureux, un constant souci du concret. Les limites tiennent au même registre. Le lecteur non croyant restera à la porte d'un propos résolument confessionnel, parfois proche du manuel de retraite. Et la richesse des citations finit par diluer un peu la voix propre de l'auteur.

Reste un livre généreux, qui ne promet pas le bonheur facile mais une joie « fondée en une certitude » : celle du salut qui vient. Une joie qui se cultive, patiemment, comme un jardin.

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