Le club des saints minuscules

Bénédicte de Saint-Germain
Editiion du Cerf
Rédigé par :
Gilles Berrut
27 novembre 2025
Relecture :
Spiritualité
Temps de lecture :
1
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Le Club des saints minuscules.

Bénédicte de Saint-Germain

Editions du Cerf, 2025, 184 p.

Quand on ouvre Le Club des saints minuscules de Bénédicte de Saint-Germain, on découvre une galerie de portraits vivants, ceux de ces femmes et de ces hommes qui, sans tambour ni trompette, soutiennent l’Église par leur présence discrète et leur foi inébranlable.

Journaliste spécialisée dans les questions de spiritualité, l’auteure dirige notre attention sur ces « invisibles », ces figures modestes dont l’engagement silencieux forme le socle de la vie paroissiale. Des sacristains aux bénévoles de l’ombre, en passant par les adorateurs nocturnes ou les priants anonymes, ces « saints minuscules » incarnent une sainteté sans fard, loin des projecteurs, mais essentielle.

Dès les premières pages, le ton est donné : « Ils sont les piliers anonymes de l’Église, ceux que personne ne remarque » (p. 8). Ces visages ordinaires, souvent ignorés, sont pourtant les artisans d’une Église vivante. Leur force ? Une conviction intime : chaque geste, chaque prière, chaque service rendu compte aux yeux de Dieu. Comme le rappelle l’auteure en citant sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, « le plus petit acte d’amour accompli avec foi vaut plus que toutes les grandes œuvres » (p. 8). Et c’est cette conviction qui anime Claire, ancienne joueuse de rugby reconvertie en bénévole infatigable, qui nettoie l’église et prépare des repas pour les prêtres et les plus démunis (p. 12). Ou encore Jonathan, jeune homme ayant surmonté l’alcoolisme grâce à une foi retrouvée et à une dévotion mariale qui l’a sauvé (p. 16). François, adolescent responsable des servants de messe, symbolise cette discrétion active, toujours présent, toujours attentif, sans jamais chercher à se mettre en avant (p. 20). Edmond, vieux militaire aux nuits blanches passées en adoration, offre ses prières pour les autres avec une constance qui force l’admiration (p. 24). Quant à Lina, la « reine des bougies », elle veille sur les lumignons et les intentions de ceux qui les allument, comme une gardienne des espoirs et des chagrins (p. 28).

Chaque récit est une plongée dans une existence marquée par la foi, les épreuves, et une forme de résilience spirituelle. Adèle, ancienne prof de maths, consacre ses journées à prier pour les intentions laissées dans le cahier de l’église, avec une persévérance qui confine à l’héroïsme quotidien (p. 34). Christian, ancien hippie, a troqué ses excès contre une vie de prière pour les âmes du purgatoire (p. 42). Philothée, sacristine octogénaire, s’active sans relâche pour que tout soit prêt pour les célébrations, malgré l’âge et la fatigue (p. 48). Olivier, membre d’une confrérie de charité, accompagne les défunts et leurs familles avec une dignité qui rappelle l’importance des rites et de la compassion (p. 62).

L’idée maîtresse du livre est claire : la sainteté ne se mesure pas à l’aune des exploits, mais se niche dans les détails, les petits gestes, les services rendus sans attente de reconnaissance. Bénédicte de Saint-Germain montre avec justesse que ces « saints minuscules » sont les véritables artisans de l’Église, non par des actes éclatants, mais par une fidélité obstinée. Leur point commun ? Une relation profonde avec le Christ, qui donne sens à leur engagement. « Pour eux, le Christ est tout », résume l’auteure (p. 8).

Si le livre est profondément touchant, il n’est pas exempt de limites. On aurait aimé, par exemple, une exploration plus poussée de la manière dont ces figures vivent leur foi dans un monde de plus en plus sécularisé. Comment concilient-ils leur engagement avec les défis de la modernité ? Certains récits, comme celui de Paul, confronté à une famille athée, effleurent ces tensions, mais sans toujours les approfondir. Par ailleurs, bien que les portraits soient poignants, ils restent parfois isolés les uns des autres, sans véritable fil conducteur autre que le thème général : par exemple les apsects communautaires de leur foi. Une introduction plus développée sur la notion de « sainteté invisible » et une conclusion synthétique auraient pu renforcer la cohérence de l’ensemble.

Malgré ces réserves, Le Club des saints minuscules reste une lecture inspirante, qui redonne espoir et rappelle que l’Église se construit aussi par ceux qui agissent - pierres vivantes même dans l’ombre ! À une époque où l’institution ecclésiale est souvent jugée sur ses failles, ce livre offre un contrepoint salutaire : l’Église, c’est aussi, et surtout, un peuple de croyants ordinaires, qui aiment et servent le Christ au quotidien. Une œuvre à découvrir, surtout pour ceux qui cherchent à voir la beauté là où on ne l’attend pas toujours.

En définitive, ce livre est un hommage vibrant à ces figures discrètes, un rappel que la sainteté est à la portée de tous, pour peu qu’on accepte de la chercher dans les recoins les plus humbles de l’existence. Comme le suggère l’auteure, quand ces « saints minuscules » achèveront leur chemin, une seule phrase suffira à résumer leur vie : « Serviteur bon et fidèle, entre dans la joie de ton maître » (p. 8). Une phrase qui, à elle seule, résume toute la tendresse et la profondeur de cet ouvrage.

Un appel également à les rejoindre.

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