Les boomers se rebiffent

Guy Baret
Edition du Cerf
Rédigé par :
Gilles Berrut
17 juin 2026
Review :
Essai
Temps de lecture :
1
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GuyBaret

Lesboomers se rebiffent

Lacerise sur le gâteux

Leséditions du Cerf, 2026

Il faut tout le sel du titre pour entrer dans ce livre : Les boomers se rebiffent, sous-titré « La cerise sur le gâteux » — un calembour qui dit déjà l'esprit de l'ouvrage, frondeur qui cherche à être en même temps drôle. Une manière de prendre la défense d’une génération devenue bouc émissaire des angoisses d’aujourd’hui.

Guy Baret, journaliste né en 1946, « enfant de la Libération » comme il aime à se présenter, écrit des éditoriaux dans des journaux de la presse nationale. Il est Diplômé de philosophie et de théologie, et a publié plusieurs livres sur les problèmes de société tel que "le Manuel politico-politicien" (1993), "Allo maman Dolto" (1996), et également des livres portant sur l’actualité religieuse catholique comme "Plaidoyer pour Benoît XVI" (2009) ou " Le Pape François, le grand malentendu" (2014).

Le point de départ est un procès. On reproche aux baby-boomers d'avoir tout eu et tout gâché : les Trente Glorieuses, le plein-emploi, l'accès facile à la propriété, des retraites confortables — et, en héritage empoisonné, une planète à l'agonie, une montagne de dettes et la peur du lendemain. Vieux, parfois malades, la mort rôdant autour de leurs cheveux blancs, les boomers s'entendent dire qu'ils pourrissent l'existence et l'avenir des générations montantes. Baret cite l'acte d'accusation jusque dans ses formulations officielles, rappelant que François Bayrou, en août 2025, faisait des boomers les responsables du poids colossal de la dette (p. 16). Plutôt que l'« autoflagellation » qu'on attendrait de lui, l'auteur choisit la riposte joyeuse (p. 12).

Le livre déroule, chapitre après chapitre, un contre-réquisitoire mêlant souvenirs personnels, statistiques et ironie mordante. On y croise les patinettes sans casque, les cigarettes « de troupe » distribuées aux conscrits, le vin dans les cantines scolaires jusqu'en 1956, les 50 000 morts de la guerre d'Algérie — façon de rappeler que cette jeunesse dorée a aussi payé un lourd tribut. Baret démonte le mythe d'une génération de privilégiés en soulignant que beaucoup vivaient alors dans des logements sans salle de bains ni toilettes (p. 159), et que personne, sur le moment, ne savait habiter des « Trente Glorieuses ». Le dernier chapitre, hommage assumé à Georges Perec, égrène avec tendresse une litanie de « Je me souviens » — les religieuses voilées d'autrefois, les poinçonneurs du métro, les quotidiens disparus, le cinéma permanent (p. 183-184).

La force du livre tient à son ton : vif, cultivé, drôle, porté par une mémoire d'une précision réjouissante et un vrai sens de la formule. Baret n'est pas un nostalgique aigri ; il sait que la nostalgie « est toujours ce qu'elle était » (p. 175), et il manie l'autodérision avec élégance. C'est de l'histoire vécue racontée par un témoin lucide, qui refuse à la fois la repentance et l'idéalisation.

Les limites sont l'envers de ces qualités. La forme du pamphlet privilégie la verve à la démonstration : les chiffres affleurent sans toujours d'appareil critique, et l'on aimerait parfois entendre davantage la voix de la « génération montante » que l'auteur défend de bousculer. Le propos, très centré sur l'expérience française et masculine, frôle par endroits le name-dropping générationnel. Pour l’auteur né en 1946, les boomers sont cette générations du juste après-guerre, mais il oublie que le booms des naissances s’est poursuivi jusqu’en 1973 et que tous les boomers ne sont pas tous de cette première génération, n’ont pas la même culture, les mêmes souvenir ou le même vécu et que la question des boomers n’est pas un événement circonscrit dans un temps court mais va se prolonger jusqu’à la fin du siècle avec une importance démographique qui va changer en profondeur la société et non seulement les comptes publics. Cet aspect prospectif où la longévité est potentiellement une chance pour la société, n’est pas du tout abordé. On pourrait égalmeent rappelé que  au cours de leur jeunesse et leur vie adulte, la génération des premier boomers, soixante-huitards, ont sans doute été la génération la plus « agiste » dans leur refus du passé et de leur parents

Reste un livre tonique et salutaire, qui rend leur dignité à des « accusés » sommés de se taire. Une réponse spirituelle, au sens premier : pleine d'esprit.

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