Les papes, les guerres et la paix

Monseigneur Laurent Ulrich
Edition du Cerf
Rédigé par :
Gilles Berrut
29 mai 2026
Review :
Catherine Masson
Histoire du christianisme
Histoire universelle
Temps de lecture :
1
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Laurent Ulrich,

Les papes, la guerre, la paix. 1914-2026,

Préface du cardinal Pietro Parolin,

Les Éditions du Cerf, 2026.

Un archevêque de Paris prend la plume. Il veut retracer plus d'un siècle d'engagement des papes pour la paix. Mgr Laurent Ulrich est le premier à dire que son livre est modeste. Il est né de conférences, d'homélies, données au fil des dix dernières années. Mais l'ambition est là, discrète.

Le monde brûle. De l'Ukraine au Proche-Orient, la guerre est redevenue ordinaire. Alors relire la parole des papes, depuis Benoît XV jusqu'à Léon XIV, c'est un acte de mémoire. C'est aussi, peut-être, un acte prophétique.

Le livre commence en 1914. Benoît XV vient d'être élu. Il ose écrire, dès sa première encyclique : « Qui pourrait croire que ces gens qui se battent les uns contre les autres descendent d'un même ancêtre ?» Ce pape méconnu appela la Première Guerre « un massacre inutile ». On l'ignora. On le fit taire. Il ne cessa jamais. C'est lui, le héros discret du livre.

Viennent ensuite Pie XI, diplomate entre deux conflits. Puis Pie XII, dont la mémoire reste troublée. Jean XXIII et le Concile. Paul VI, premier pape à monter à la tribune des Nations-Unies pour crier : « Plus jamais la guerre ! » C'était le 4 octobre 1965. Jean-Paul II. François. Et enfin Léon XIV, tout juste élu, dont les premiers mots ont sonné comme une promesse.

L'idée forte tient en quelques pages. La paix n'est pas une utopie. C'est une exigence. Elle s'enracine dans une conviction ancienne, reprise par Jean-Paul II après Fénelon : toutes les guerres sont des guerres civiles. « C'est toujours l'homme contre l'homme qui répand son propre sang .»

À cela s'ajoute une thèse simple, mais structurante. Les injustices, les migrations, les inégalités, les dérèglements climatiques et numériques — voilà les vraies sources des conflits. François le répétait : « Tout est lié. » Léon XIV, en citant Léon XIII et Rerum novarum, s'inscrit dans cette continuité.

Le livre a de vraies qualités. Les extraits pontificaux sont bien choisis, replacés dans des contextes souvent oubliés. L'écriture est claire. Le ton est pastoral, sans être prêchi-prêcha. Et l'auteur ne triche pas. Il reconnaît que les paroles des papes « ne sont pas toujours écoutées avec bienveillance ». C'est honnête.

Mais le lecteur exigeant trouvera des manques. Certains chapitres restent fragmentaires — Pie XI, Benoît XVI. On reste sur sa faim. La question du silence de Pie XII face aux crimes nazis est soulevée, puis esquivée. Et l'ensemble dégage parfois un optimisme un peu lisse, qui efface les tensions réelles. L'Église a longtemps été complice des pouvoirs guerriers. Ce n'est pas rien.

N'importe. Ce livre tient sa promesse. Il invite à « garder l'humilité du serviteur » et à tisser, patiemment, une culture de la paix.

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