

Le livre Les remparts de Sodome est en quelque sorte une relecture du célèbre épisode du livre de la Génèse dans un style à la fois d’interprétation libre et de narration poétique.
Son auteur Romain Mazenod, est diplômé de Sciences Po Paris, journaliste indépendant contribuant à des publications chrétiennes telles que Prions en Église ou Le pèlerin. Il intervient dans l'émission politique " Face au chrétiens " et a publié Pierre Messmer, une conscience française (Nicolas Chaudin, 2009) et l’Evangile à l’heure des femmes (Salvator, 2014) ou Comment vivre sa solitude (Novalis, 2018).
L’auteur nous invite à changer de regard sur le récit de Sodome et Gomorrhe, et au lieu d’être centré sur la dépravation sexuelle, nous pose une question surprenante de premier abord : et si le véritable péché de ces cités maudites n’était pas tant leur prétendue dépravation mais leur incapacité à accueillir l’étranger, à offrir un refuge à ceux qui en ont besoin ?
À travers les yeux de Chahar, une servante de Loth au destin marqué par l’exil et la solitude, le récit prend une dimension à hauteur humaine. Dès les premières pages, on est saisi par la tendresse des retrouvailles entre Chahar et sa sœur Liba, après des années de séparation forcée. Ce cadre permet d’être dans l’intime de ces vies, avec les souvenirs d’une enfance volée, les errances d’une vie ballottée par les événements, et la description poignante d’une catastrophe annoncée. Sodome n’est pas seulement le lieu d’un châtiment spectaculaire - « pluies de soufre et de feu » et « murailles qui s’effondrent » (p. 14) - c’est aussi une société qui a perdu son âme, rongée par l’orgueil et l’indifférence envers les plus vulnérables. Comme le souligne d’ailleurs le prophète Ézéchiel, le vrai crime de Sodome résidait dans son mépris pour les pauvres et son refus de l’hospitalité. Les personnages (Loth, Noah, les bergers) qui sont cités dans le texte deviennent des êtres de chair, confrontés à des choix entre devoir et désir de liberté. Mazenod excelle dans l’art de rendre tangible l’invisible : la peur qui étreint les habitants avant la catastrophe, l’espoir ténu qui persiste malgré tout, et cette question lancinante qui traverse le texte.
L’écriture évite l’écueils du langage savant ou théologique pour nous inviter à une relecture au moyen d’une prose accessible. Comme un peintre ou un musicien qui fait vivre un passage des Écritures, sa prose est une approche artistique pour faire vivre ce texte des Ecritures autrement et nous atteindre dans notre sensibilité.
Le récit parfois s’étire, ainsi certains passages, notamment ceux consacrés aux dialogues ou aux réflexions introspectives, auraient pu gagner en rythme. De même, si la figure de Chahar est magnifiquement campée, on aurait aimé en savoir un peu plus sur les motivations profondes de certains personnages secondaires, dont les actions restent parfois énigmatiques.
Les remparts de Sodome, malgré ces réserves, s’imposent comme une œuvre originale qui rend actuel un récit tant de fois interprété et commenté. Il résonne ainsi avec l’actualité de notre monde où solidarité et hospitalité sont questionnés fortement. Son livre, à mi-chemin entre le roman et la méditation, séduit par sa sensibilité et en quelque sorte son actualité.
Une réussite qui prouve, s’il en était besoin, que la Bible reste une source inépuisable d’inspiration — à condition de savoir faire tomber de nos yeux les écailles de l’habitude.