L'esprit d'élégance

Catherine Ternynck
DESCLÉE DE BROUWER
Rédigé par :
Gilles Berrut
22 avril 2026
Review :
Frère Bruno Cadore
Essai
Spiritualité
Temps de lecture :
1
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L'esprit d'élégance. Résister à la vulgarité du monde

Catherine Ternynck

DESCLÉE DE BROUWER, 2026, 184 p.


Livre à lire ou plutôt à goûter, loin des turpitudes de la vie quotidienne que l’on nomme justement, vie courante. Son titre, en décalage avec la vulgarité à laquelle les informations continues tentent de nous habituer, est en soi une invitation qui s’impose comme un verre de menthe en plein été - frais et distingué.


Catherine Ternynck, psychanalyste et docteure en psychologie, est auteure de plusieurs essais remarqués — dont la possibilité de l'âme (Bayard, 2018). Elle appartient à cette rare catégorie d'intellectuels qui s'aventurent dans les zones grises de l'humain avec la rigueur du clinicien et la sensibilité du poète.


L'ouvrage s'organise en quatre mouvements. Le premier observe le monde contemporain : langue appauvrie, conversation sacrifiée et incivilités érigées en norme. « Au nom de la libéralité, les barbaries se répandent » (p. 13), précise-t-elle. Le deuxième chapitre (p. 65) s'aventure sur le terrain de la spiritualité — non confessionnelle, mais comme un bon usage du cerveau et notre vie, posant avec acuité la question du transhumanisme face à la transcendance. Les deux suivants proposent les « voies spirituelles » de l'élégance — regard porté loin, geste suspendu, intime résonance du monde (p. 87) — avant de conclure sur le rapport au temps et bien sûr la mort qui en est la trace obligatoire (p. 129).


L'élégance n'est ni une affaire de vêtement, d’éducation contrainte ou de posture sociale. Elle est un élan, une tension vers la vérité, dont la beauté en est un compagnon fidèle, insaisissable par définition : vouloir être élégant équivaut déjà à ne plus l'être rappelle l'auteure en citant Baudelaire (p. 22). Comme la rose d'Angelus Silesius, elle fleurit sans pourquoi ni souci de plaire. Ce « quelque chose, presque rien » n’habite chaque être humain et ne constitue sa dignité la plus secrète. Sans cette disposition intérieure, l'homme augmenté du XXIe siècle risque de n'être qu'un robot aux performances artificielles.


L’écriture est précise, les mots choisis, fluides, on n’ose la qualifier d’élégante. La rigueur du déroulé et la précision des citations (de Bachelard à Jankelevitch) en fait un texte limpide et aux saveurs délicates. Les passages en italique où l'élégance parle à la première personne — « Je passe mendiante et souveraine » — constituent un procédé littéraire heureux.


On regrettera que la dimension spirituelle qui en se voulant non confessionnelle, ne maîtrise les spécificités chrétiennes par rapport à d’autres traditions. Cette imprécision tranche avec la rigueur du propos philosophique. De même la prise de position sur la fin de vie qualifiant le projet de loi de « perversion » (p.152) fait contraste avec la délicatesse du reste du propos. L’affirmation de l’élégance comme une qualité qui résiste à toute définition au nom de son élégance confine parfois à la tautologie.
Reste un livre qui apporte à celui qui lit avec soin, un regard qui nous est utile dans la grisaille de nos jours médiatiques et de monde en déconstruction.

Un essai à lire ne serait-ce que pour grandir en humanité en s’y confrontant.

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