L'inspiration des Ecritures

Paolo Manzoni
Editions du Cerf
Rédigé par :
Gilles Berrut
16 juillet 2026
Review :
Écritures
Temps de lecture :
1
'

L’inspiration des Écritures saintes

Une recherche du phénomène biblique

Paolo Monzani

Coll. Cogito Fidei

Edition du Cerf, 2025, 400 p.

Peut-on encore dire que la Bible est « inspirée par Dieu » ? C'est la question que pose Paolo Monzani dans son premier livre, « L'inspiration des Écritures saintes. Une recherche du phénomène biblique ».

Paolo Monzani est prêtre du diocèse de Modène et enseignant aux Facultés Loyola à Paris.

Pour avancer, Monzani refuse deux réponses trop faciles. La première dit que Dieu aurait « dicté » chaque mot aux auteurs, comme à des secrétaires. La seconde dit au contraire que la Bible n'est qu'une œuvre purement humaine. Cette question est délicate le conflit entre les deux réponses renaît à chaque génération de théologien, faisant affirmer à Karl Rahner, en 1958, que la plupart des exégètes catholiques ne nient pas l'inspiration mais la laissent tranquillement de côté (p. 10).

Aujourd’hui la lecture de la bible connaît une nouvelle époque d’interrogation. Beaucoup de gens lisent la Bible comme un grand livre ancien parmi d'autres, au même titre que les récits de l’Odyssée d'Homère. D'autres lui reprochent ses passages violents ou dépassés. Dans un monde qui doute de toute autorité, affirmer que ce texte vient de Dieu ne va plus de soi. L'auteur rappelle d'ailleurs que cette crise n'est pas nouvelle : depuis toujours, chaque époque a dû redéfinir sa façon de comprendre les Écritures.

Pour y répondre, l’auteur propose une image parlante : celle de la respiration. Il y a d'abord une « inspiration » : des croyants, touchés par Dieu, mettent leur expérience par écrit. Puis vient une « expiration » : ce texte, transmis au fil des siècles, continue de faire vivre et de parler à ceux qui le lisent aujourd'hui. L'inspiration n'est donc pas un événement figé dans le passé, mais un souffle qui traverse toute l'histoire du livre.

Le livre séduit par son ampleur et son honnêteté. Mais en refusant de localiser l'inspiration à un moment précis, il risque de « diluer » le concept et de le rendre presque invisible. À force d'élargir la notion à tout le processus biblique, on craint qu'elle ne perde de sa force. L'ouvrage demeure exigeant à lire et est réservé à qui connaît déjà le vocabulaire théologique. Ces réserves n'entament pas l'essentiel : Monzani rouvre avec intelligence une question qu'on croyait close, et invite la théologie à respirer de nouveau au rythme d'un texte vivant.

Ainsi, ce que défend l'auteur, c'est une lecture honnête : la Bible est un texte à la fois humain et porteur d'une parole qui dépasse l'humain. Elle résiste, interroge, dérange parfois, mais c'est justement là qu'elle reste vivante.

En somme, un ouvrage exigeant mais éclairant, qui rouvre avec courage la question de la part de Dieu et des auteurs dans l'élaboration des Ecritures.

Pour lire le livre