Où es-tu quand j'ai mal ?

Ane Lecu
Edition d Cerf
Rédigé par :
Gilles Berrut
23 octobre 2026
Review :
Essai
Temps de lecture :
1
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Où es-tu quand j’ai mal ?

Anne Lecu, Bertrand Lebouché

Éditions du Cerf, 2026

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Avec le livre Où es-tu quand j’ai mal ?, Anne Lecu et Bertrand Lebouché nous invitent à traverser la question du mal et, plus particulièrement, sous l’angle clinique du malheur ressenti.

Anne Lecu, médecin d’un centre pénitentiaire pour femmes et sœur dominicaine apostolique, est l’auteure de nombreux ouvrages très appréciés pour leur pédagogie et la théologie de la praxis qu’ils manifestent. Bertrand Lebouché est clinicien chercheur et professeur au centre universitaire de santé Mc Gill au Canada. Ses travaux portent sur les maladies infectieuses et en particulier le SIDA.

L’ouvrage est une méditation sur le livre de Job, serti entre un premier chapitre intitulé « j’ai mal ! »,  et suivi par un troisième chapitre, « La traversée », à la fois constat et voie de passage. Chaque chapitre est suivi de « contrepoints », textes qui illustrent le propos.

Le cri initial, « J’ai mal ! », pose la radicalité du propos. Cette douleur est étrangère à ce que l’on est, et impose une sorte d’exil, loin de nous-mêmes comme dans la relation aux autres. L’invitation nous est faite de choisir de croire, non pas à une mythologie sédative, mais en ce qui compte dans nos vies, c’est-à-dire à ce qui a figure d’éternité (p. 33). Dans la confiance en un Dieu qui veut garder dans nos vies ce qui a de la valeur, nous puisons « le courage de l’abandon » (p.33), selon la formule de Joseph Caillot, cité dans le livre. Que ces expressions sonnent juste ! Quiconque a accompagné celui qui souffre, qui s’est heurté à l’impuissance, y compris à celle de l’inefficacité des antalgiques, a eu cette impression de « bord du gouffre », où les ressorts habituels de l’espoir doivent faire place à l’Espérance.

Puis les auteurs nous invitent à une lecture du livre de Job (p. 53-70). Job se plaint de l’absence de Dieu, de la perte de l’image de Dieu, mais il découvre progressivement que ce sont les fausses images de Dieu qui ont fui devant l’épreuve, puis devant la maladie et la douleur (p. 67). Finalement, Dieu parle, mais ne s’explique pas, et pourtant, Job est consolé. C’est l’infinie patience aimante qui est le vrai visage de Dieu. Job demeure son serviteur par-delà de sa plainte et de ses récriminations, car il est droit. Il ne se contente pas d’un formalisme ou d’une quelconque réponse toute faite, empruntée aux bien-pensants.

Il est possible d’ouvrir la douleur à « une Traversée », on pourrait dire de l’autre côté du miroir. C’est alors que peut survenir l’inattendue : Le déjà-là de la vie éternelle et du Salut.

Nous l’avons compris, Anne Lecu et Bertrand Lebouché nous livre une méditation dont les racines plongent dans la désespérance du prisonnier, dans le vide de celui qui cherche sans faux-semblant le pourquoi de ses erreurs et finalement dans la douleur, obstacle puis passage qui ouvre au sens.

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