

Luc Devillers dans Perles de Bible. Voyage-retraite à travers l’Écriture, nous offre une plongée dans les textes sacrés, d’une manière à la fois personnelle, très argumentée et simplement accessible par chacun sans formation particulière. Ce livre, né de quatre décennies d’enseignement, de prédications et d’animation de retraites, évite soigneusement le piège d’un langage trop technique. C’est une invitation à lire un carnet de voyage, presque intime, qui nous rejoint dans notre foi.
L’auteur, dominicain et exégète de renom, a enseigné à Bordeaux, Jérusalem, Fribourg. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages, dont La saga de Siloé, l’Évangile de Luc, l’Évangile de jean et les lettres de Jean.
Dès les premières lignes, le ton est donné. En s’appuyant sur la parabole du trésor caché (Matthieu 13, 44, p. 9), il pose les bases d’une quête où la Bible devient un champ à labourer, une terre fertile où chacun peut déterrer ses propres perles de sens. « Le Royaume des Cieux est semblable à un trésor caché dans un champ », rappelle-t-il, avant d’ajouter, avec une pointe de poésie, que ce trésor n’attend qu’à être découvert par ceux qui osent s’y aventurer (p. 10). Ce trésor caché est sans doute Jésus lui-même. L’ouvrage, conçu comme une retraite biblique, se veut flexible : on peut le lire d’une traite ou en picorant çà et là, selon ses envies ou ses besoins du moment. Chaque chapitre, centré sur un thème précis, fonctionne comme une halte méditative, une invitation à s’arrêter, à réfléchir, à prier.
Parmi les pépites que recèle ce livre, certaines réflexions marquent particulièrement les esprits. La méditation sur le récit de la création (Genèse 1, 1-2, 4a) est un exemple frappant. Devillers y souligne la gratuité de l’amour divin, citant saint Irénée pour rappeler que l’homme n’a pas été créé par nécessité, mais « par débordement d’amour » (p. 15). Il y voit une leçon universelle : notre existence n’est pas le fruit du hasard ou d’une obligation, mais celui d’un geste généreux, presque démesuré. Plus loin, il revisite les épreuves du désert – la faim, la soif, les serpents venimeux – pour en tirer des enseignements intemporels. Ces épisodes, loin d’être de simples récits historiques, deviennent des miroirs de nos propres luttes intérieures. « Ces récits ont quelque chose à dire aux croyants de tout temps », écrit-il (p. 30), établissant des ponts inattendus avec le Nouveau Testament, où le Christ apparaît comme l’accomplissement de ces symboles : pain de vie, eau vive, salut offert à tous.
L’un des atouts majeurs de l’ouvrage réside dans son attention aux détails souvent négligés. Prenez ce verset énigmatique de Jérémie (31, 26) : « Sur ce, je me suis éveillé et j’ai vu que mon sommeil avait été agréable. » Là où d’autres commentateurs passent leur chemin, Devillers y décèle une touche d’humour divin, une tendresse qui humanise le prophète et, par extension, le lecteur (p. 64). De même, sa relecture de la figure d’Élie, prophète tourmenté et profondément humain, offre une résonance contemporaine. Les « trois retraites » d’Élie (1 Rois 19) deviennent une métaphore de nos propres reculs, de nos doutes, mais aussi de nos rencontres renouvelées avec le sacré. Ces passages, à la fois subtils et profonds, montrent comment l’auteur sait rendre concret ce qui pourrait sembler abstrait.
Les psaumes, ces prières universelles, occupent une place de choix dans l’ouvrage. Devillers s’attarde notamment sur le Psaume 86, où le fidèle supplie : « Unifie mon cœur ! » (p. 87). Une prière qui, selon lui, résonne en chacun de nous, croyant ou non, tant la quête d’unité intérieure est une aspiration partagée. Il explore aussi la notion de paternité divine, un thème qui se dessine progressivement dans l’Ancien Testament pour s’épanouir pleinement dans l’enseignement de Jésus. « Nous sommes tous faits pour Dieu, pour le voir face à face », affirme-t-il (p. 92), rappelant que la foi n’est pas une affaire de dogmes froids, mais une relation vivante, presque charnelle.
La liberté interprétative de Devillers est souvent rafraîchissante. Par exemple l’hypothèse que le deuxième compagnon d’Emmaüs à côté de Cléophas est peut-être une femme. Reprenant ainsi le parallèle entre la scène d’Emmaüs (Luc 24) et la chute d’Adam et Ève (Genèse 3). Il souligne lors de l’institution en 2019 de la lecture d’Emmaüs le troisième dimanche du temps ordinaire, une présentation du Vatican y faisant allusion. Ce point étant argumenté au cours de l’histoire de l’Église dès les premiers siècles.
Dans ce livre, ce qui frappe est l’équilibre constant entre rigueur et simplicité. Devillers, spécialiste reconnu des écrits johanniques et ancien président de l’Association catholique française pour l’étude de la Bible, manie les textes avec une précision d’horloger, tout en gardant un style chaleureux et engageant. Les citations bibliques, toujours replacées dans leur contexte, sont agencées de manière à éclairer le présent. La liturgie, « lieu par excellence où résonne la Parole de Dieu » (p. 11), est régulièrement convoquée pour ancrer la réflexion dans une pratique concrète.
La conclusion de l’ouvrage, centrée sur une méditation de l’Apocalypse, est à l’image du reste : espérante et ouverte. La « foule immense » des élus (Apocalypse 7, 9) n’y est pas un nombre clos, mais une promesse d’universalité, un rappel que la sainteté n’est pas réservée à une élite, mais offerte à tous. « Nous sommes tous appelés à la sainteté », écrit Devillers en substance (p. 204), invitant chacun à répondre à cette vocation selon ses propres moyens.
Au final, Perles de Bible est un livre généreux, qui allie profondeur théologique et accessibilité avec une rare élégance. Son style littéraire, à la fois précis et poétique, en fait une lecture aussi enrichissante qu’agréable. Si certains passages peuvent prêter à discussion, l’ensemble offre une introduction lumineuse à la lecture spirituelle des Écritures. Dans un monde où beaucoup cherchent du sens, ce livre rappelle que la Bible reste une source jaillissante de lumière et d’espérance. Une perle rare, donc, à découvrir sans modération.